Poésie, Norbert Wiener

(atelier Licence 2, Arts Plastiques)

La poésie de Wiener
Éditions Cybernétique
Dylan Rossignon

Poésie. Le terme évoque une notion précise et compréhensible pour quiconque connaît le mot. Il n’est pourtant ici, par sa forme, que lettres noires sur fond blanc, le tout créant une réalité immatérielle emprisonnée dans le support où elle s’inscrit. Mais qu’est-ce qu’un mot si ce n’est un dessin ?
Le questionnement de  Wiener sur le rapport de l’homme à la machine et du créateur face à sa créature me donne l’envie d’adopter un nouveau regard sur  ces dessins, les miens, via le prisme de la cybernétique. Que la réflexion dépasse la simple illustration, offre une retranscription, via le dessin, de ce qui fait sens. De fait, les notions de composition, de rythme, de vide et de plein ainsi que la place des mots et le jeu du blanc et du noir sont intimement liées à mes recherches.
J’aspire à dépasser les simples notions de dessins ou de textes, à les associer pour qu’elles deviennent le ciment d’une proposition plastique.
Je ne voudrais en aucun cas que le texte s’efface entièrement au profit du dessin. Cette poésie de l’instinct, initiale et féconde, celle qui donne sens au-delà des idées qu’elle suscite, par son tout, par ses détails, par ses oublis. Celle qui fédère les sons et les idées, le texte et l’image. Apprendre à voir ce qui se trouve là et que je créé sans le savoir. Penser comme un ordinateur, retranscrire ce que je vois en une logique mathématique via le dessin.  Ne jamais se passer de cette étape d’observation et de découverte afin d’appréhender une retranscription, non plus d’un dessin par le poème, mais du poème comme dessin. Le texte est une unité composée d’une multitude d’éléments qui interagissent, qui ici s’opposent et là s’assemblent et se positionnent comme de multiples détails d’une même image.
Entreprendre des choix pour offrir une vision parmi l’infinité de dessins possibles qu’offre le texte, pour en révéler la maïeutique. Géométriser le dessin en cases, composées de lettres superposées formant des mots, le tout formant des lignes et l’ensemble reproduisant le texte. Chaque case représente un mot réduit à un seul et unique plan, ce qui permet de voir la relation des lettres entre elles. Le fait de coller les cases les unes aux autres permet également d’observer la relation des mots entre eux et le même schéma s’applique aux phrases. Ces diverses relations se traduisent graphiquement en une répétition de lignes et de courbes, totalement nouvelles, qui transcendent le texte.
Réfléchir à ce monde dominé par les ordinateurs, les logiciels en tout genre, les applications…  Ce monde n’est pas sans rappeler le nôtre.
Imagineons un monde où l’homme ne parle plus. Un monde où ce qu’il a créé, toujours dans une quête insatiable d’auto préservation, de réduction d’effort, serait suffisance pour sa condition d’homme. Ni but, ni envie, ni passion ne le touchent désormais.
Que dirions-nous si, à force de se décharger des actions les plus insignifiantes, l’homme avait oublié comment marcher, communiquer et écrire. Imagineons maintenant cet homme, ancré dans le confort le plus total, et regardons-le pleurer ce que le temps lui prend.
Depuis longtemps déjà l’homme ne sait plus regarder. Il s’est condamné à voir le monde à travers le prisme d’un écran. Il ne sait plus distinguer, il ne sait plus ressentir. Il se souvient pourtant. Il se souvient de ces signes étranges qui signifiaient tellement. Ces choses que les anciens nommaient « mots », avaient appris à dompter pour en extraire « la substantifique moelle ». Histoires. Dessins…

Poésie. Tel est le nom de sa mémoire.

« Comment savait-il solitaire, que la terre n’allait pas mourir, que nous, les enfants sans clarté, allions bientôt parler ? »

« Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge. »

Poésie.

Il n’en reste aujourd’hui que des fragments de ruines, les machines l’ont digérée. Recrachée en dessin rationalisés, géométrisés où liaison est maître mot.
Lier, lire, quelle différence y a-t-il ? Mêmes lettres, même mot.

Ô lecteurs ne blâmez pas cet homme, car comme l’a dit son père, vous êtes son semblable, son frère.

 

***

Par-delà les étoiles

Je me cache dans un palais doré
Qui garde pour unique merveille
La bannière des hommes sous un voile divin.

J’ai quitté le Royaume pour une voûte céleste
Pour l’amour des murs

Et suivi par instinct ces gens d’une autre terre
qui s’amusent à courir plus vite que le monde.

Sans le moindre geste.

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***

Le monde par la fenêtre

Pousse le volet, femme, cesse d’avoir peur
Sculpte le bois de ton âme
Scie celui de ton cœur.
Tu verras que le vent, dehors
Transforme tout ce qu’il veut.
Offre-lui tes remords il fera des envieux.
Tu sauras que le monde, toujours
Se plaît dans la tristesse
Quand tu oublies le jour la nuit tient ses promesses.
Que derrière le verrou se cachent parfois
Des ombres qui attendent, condamnées à paraître
De simples reflets qui te laissent sans voix,
Qui en secret te demandent de casser la fenêtre.

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***

Le parfum des souvenirs

Corde sans attache déjà nouée pourtant
Au poteau, la cravache esclave de son temps.
La brise, son souffle, maîtrise l’instrument
Et la brise, l’essouffle, martelée par le vent.
Jadis ? L’odeur, témoin de son Éden.
Actrice pour l’heure
La corde était une rêne.
Le ciel couvert d’une couleur bohémienne.

Ce jour c’était hier.
Cette vie reste la sienne.

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Lune vagabonde

L’homme charbon se noie dans la ville.
Hâte-le, il est temps !
Offre-lui le Nil
Offre-lui l’Orient
Quand ses yeux n’ont de droit que le soleil couchant.
Où la lourdeur certaine, sans qu’il n’y paraisse
Des vallées et des plaines
Le pousse à se miner plus loin que la sagesse.
Et ce chemin nouveau, sauvage de toute main
Sans lumière sans eau deviendra
Il le faut, un sillage divin.

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Toucher les blés

Sous un soleil de plomb
Au temps des folles ombrelles, je t’emmène
Caresser de tes doigts les champs de blé de Brel
Qui pour nous sèment
La tendresse, la chaleur lointaine,
Nos rêves d’ivresse, de requiem des jours de pluie.

Et nous rions, monts et merveilles en ribambelle,
Tu me traînes
Loin du sommeil des insomnies, comme tu es belle !
J’oublie ton nom, les interdits

Je me réveille.

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